Pour les formats ouverts !

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Interopérabilité, oui ; interopérabilité avec, non.

Dans une interview accordée à ZDNet, deux responsables de la société Novell expliquent la stratégie de l'éditeur, qui a acheté Ximian et SuSE à l'été 2003, deux éditeurs de logiciels libres.

Novell fait en interne ce qu'elle propose entre autres à ses clients : migration de ses utilisateurs vers OpenOffice.org, et aussi migration des systèmes d'exploitation des postes de travail vers du logiciel libre.

Là se pose le problème capital, celui des fichiers déjà existant. Comment ne pas perdre les données créées avec la suite Microsoft Office avec ses formats fermés (ou avec d'autres logiciels aux formats fermés) ?

Les responsables parlent de "portage" des documents sous OpenOffice.org. Et de rajouter que "l'interopérabilité avec les environnements Microsoft" est un critère important de ralliement des sociétés aux logiciels libres.

C'est en partie exact, mais c'est aussi en partie faux. Et source d'une approche erronée de ce qu'est l'interopérabilité. En effet :

  • soit il y a échange avec des logiciels aux formats fermés du monde Windows : au vu de la position, cela recouvre un grand nombre de postes, et c'est une bonne chose. Mais à chaque nouvelle version de logiciel, un nouveau format fermé. Le travail pour l'échange est à refaire. Il ne s'agit pas d'interopérabilité.
  • soit il y a interopérabilité réelle, basée sur de vrais formats ouverts : la disponibilité des spécifications de ces formats, leur libre utilisation, permet d'intégrer ces spécifications dans les outils et de ne plus avoir à se soucier des logiciels auteurs des fichiers ni de la plate-forme utilisée.

Par exemple, un calendrier de manifestations, au format ouvert iCalendar, est directement utilisable dans les logiciels qui intègrent ce format ouvert. Sans souci de version du logiciel, de système d'exploitation.

L'interopérabilité assure pérennité, indépendance, gain économique et facilité d'échange. Les acteurs qui s'appuient déjà sur les formats ouverts l'ont bien compris, notamment pour le Web (ce que vous lisez est du XHTML affiché dans un navigateur sachant utiliser ce format ouvert, quel que soit ce navigateur et son système d'exploitation).

Finalement, le travail fait par Novell est tout à fait intéressant. Mais ne parlons pas "d'interopérabilité avec". Bien plus d'interopérabilité ; tout simplement.

Sources :

"De l'interopérabilité : réalité, arlésienne ou bonne excuse ?"

Un article de Benoît Sibaud publié sur Linuxfr, partant du principe d'interopérabilité, fait le point de l'affaire entre VirginMega et Apple à propos de leur affrontement pour la vente en ligne de musique.
http://linuxfr.org/2004/07/18/16834.html

Interopérabilité des messageries instantanées : encore des efforts à faire !

Les messageries instantanées soignent jalousement leur non-interopérabilité. Pourtant une annonce de Yahoo, AOL et Microsoft va dans le sens contraire : il y a (aurait) possibilité d'échanger entre les messageries instantanées différentes de ces trois sociétés.

Cependant, quand on s'y attarde, il faut préciser et nuancer :

  • cela ne concerne que les entreprises, rien n'est prévu pour les particuliers, aucun accord : "rien de tel sur le secteur grand public, pour lequel il n’est pas toujours pas question d’interopérabilité directe entre les trois principales messageries".
  • l'opération n'est possible que par un serveur Microsoft LCS, pas via un serveur sur lequel un protocole commun serait déployé.

(article "Messagerie instantanée: Microsoft décroche l'interopérabilité avec AOL et Yahoo" d'Estelle Dumout http://www.zdnet.fr/actualites/internet/0,39020774,39161387,00.htm)

En consultant le communiqué de presse sur le site américain, on y lit (le gras y est aussi) :

Standards-based architecture. Live Communications Server is built using industry-standard protocols Session Initiation Protocol (SIP) and SIP for Instant Messaging and Presence Leveraging Extensions (SIMPLE), enabling a broad partner and developer ecosystem. http://www.microsoft.com/presspass/press/2004/jul04/07-15EnterpriseIMConnectivityPR.asp

Il y a donc un "standard SIP/SIMPLE". Mais est-ce un standard ouvert, au sens légal comme défini dans la loi française et aussi comme admis par le monde de l'informatique ? Les spécifications sont-elles publiques, publiées, librement accessibles et librement utilisables ? Si oui, on a un standard ouvert, comme par exemple le XHTML affiché dans votre navigateur à cet instant. Si non, le standard est auto-proclamé. Et même s'il était largement utilisé, cela n'en ferait pas un vrai standard ouvert.

Or SIP/SIMPLE n'est pas le standard retenu par l'IETF, qui a choisi XMPP, utilisé par le logiciel Jabber et développé par la Jabber Software Foundation. Et déjà le 22 octobre 2003, on pouvait lire que la fondation essaye de :

promouvoir ainsi le standard ouvert XMPP face notamment à Sip/Simple (Session Initiation Protocol for Instant Messaging and Presence Leveraging Extensions), développé par Microsoft

(article L’outil "open source" de messagerie instantanée Jabber détrône ICQ, d'Estelle Dumout, http://www.zdnet.fr/actualites/technologie/0,39020809,39127846,00.htm?feed).

Et ce problème d'interopérabilité des messageries instantannées est assez ancien déjà, puisqu'en novembre 2002 on lisait :

Faute de consensus entre les principales sociétés éditrices de logiciels de messagerie instantanée, l'organe de normalisation technique de l'internet se tourne vers les développeurs "open source" pour mettre au point un standard commun.

(article "Messagerie instantanée: les logiciels libres au secours de l'interopérabilité" de Robert Lemos et Estelle Dumout, http://www.zdnet.fr/actualites/internet/0,39020774,2125361,00.htm)

En résumé, selon les intérêts, les mêmes sont prêts à saluer et à utiliser les formats ouverts ou à les saluer et à les ignorer... Interopérabilité en deça des intérêts commerciaux, non-interopérabilité au-delà.

Messageries instantanées : deni d'interopérabilité !

ICQ, AIM, Yahoo Messenger, MSN Messenger, Messager, iChat : ce sont des logiciels de messagerie instantaneé de différents acteurs. Qui s'appuient sur des protocoles... fermés. Donc impossible de communiquer vraiment entre chacun : l'utilisateur de l'un de ces logiciels ne peut échanger instantanément qu'avec les autres utilisateurs du même logiciel. Communiquez, communiquez... mais uniquement avec ceux qui ont le même logiciel (ou "compatibles").

Pas d'interopérabilité. Il y a déjà les prisonniers d'appareils qui ne savent lire que certains formats musicaux. Ici ce sont des prisonniers de logiciels. Et pour résoudre ce problème ? Un vrai format ouvert ! Comme Jabber, http://www.jabber.org, qui est une norme de l'IETF (voir http://www.jabber.org/ietf/).

Un excellent article sur le sujet sur StandBlog.

Un article de l'encyclopédie libre Wikipédia

Un article assez développé à propos de l'interopérabilité, dans l'encyclopédie libre, en ligne et en français, Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Interop%C3%A9rabilit%C3%A9

ATRAC attaque ! (de l'interopérabilité citée, mais écartée)

Sony lance son site d'achat de musique en ligne, Connect (http://www.connect-europe.com) le 5 juillet prochain (Apple ayant lancé le sien le 15 juin dernier, iTunes Music Store http://www.apple.com/fr/itunes/ et Virgin le 18 mai, VirginMega.fr, http://www.virginmega.fr). Guerre commerciale. Donc aussi guerre des formats, pour capter puis garder ses clients.

Le journaliste Jérôme Colombain de France Info, dans sa chronique hebdomadaire "France-Info.com" du samedi consacre donc un petit reportage à cette ouverture. Et de citer un point important : le nouveau format de musique utilisée par Sony, appelé ATRAC, est seulement utilisable avec les matériels Sony.

Les chansons vendues sur Connect ne seront pas en MP3 mais au format Atrac c'est-à-dire écoutables sur PC et sur des baladeurs numériques uniquement de marque Sony. Incompatibles avec les autres systèmes. Cependant, selon Robert Ashcroft, senior Vice-Pdt chargé des services de réseaux, Sony espère que toutes les technologies de musique numérique, aujourd'hui incompatibles entre elles, deviendront rapidement inter-opérables. (Les termes en italique sont de moi)

Source : http://www.radiofrance.fr/chaines/france-info/chroniques/hightech2/

De plus, comme pour le site de vente de Virgin, seuls les utlisateurs de Windows et avec Internet Explorer récent peuvent y accéder...

En résumé :

  • aucune interopérabilité pour accéder au site : pas d'Internet Explorer, pas de musique Sony. Au lieu de s'appuyer sur un logiciel, il serait bien plus pertinent de s'appuyer sur les standards du Web, interopérables.
  • aucune interopérabilité pour écouter les morceaux achetés : pas de matériel Sony, pas de musique au format ATRAC écoutable !

Mais nous devrions nous rassurer, nous dit-on : ces formats deviendront rapidement interopérables (dixit). Quand, pour quel format ?
Mystère. Sans doute le temps que chacun se soit affronté, ait le plus d'utilisateurs pour ensuite faire passer son format comme le format à utiliser : mais en publiant les spécifications pour tous ou uniquement entre éditeurs ?
La guerre des formats fermés est bien là. Pas encore l'interopérabilité.